La cadole n° 138 de Bagneux-la-Fosse va renaître et avec elle une démarche globale pour les autres
Au-delà de la restauration d’une cadole, la commune veut sauvegarder un patrimoine champenois, faire revivre la pierre sèche, transmettre un savoir-faire et accueillir les touristes randonneurs.
Les amoureux du patrimoine champenois, des cadoles en particulier, peuvent d’ores et déjà faire un don pour la restauration de la cadole numéro 138 de Bagneux-la-Fosse via la Fondation du Patrimoine. La commune s’engage dans un projet assez complet qui dépasse largement la sauvegarde d’un ouvrage en pierre sèche. « Une démarche qui va servir de démarche type pour les privés ou les collectivités, telle que nous l’avions pensée », assure Marie Cousin, présidente de l’Association des cadoles de Champagne (ACDC).
Un patrimoine à protéger
Petit abri circulaire vigneron, réalisé par empilement de pierres sèches (sans liant) et niché dans le sud-est de la Champagne en Côte des Bar, la cadole est un élément incontestable du patrimoine, une spécificité champenoise. Il en subsiste aujourd’hui environ 150 sur les communes des Riceys, Courteron, Gyé-sur-Seine, Essoyes, Neuville-sur-Seine, Bagneux-la-Fosse, Celles-sur-Ource et Polisot. Certaines sont en bon état ; d’autres ont besoin de soins comme cela fut révélé lors d’un inventaire scientifique lancé en 2020 par la Mission coteaux, maisons et caves de Champagne – Patrimoine mondial de l’Unesco avec le concours des locaux.
« Nous avons les vestiges de trois cadoles ; aucune n’est restaurée. note Éric Glorieux, maire de Bagneux-la-Fosse. Nous en voulions donc une et celle que nous avons retenue n’est pas très éloignée du GR de Saint-Jacques-de-Compostelle. ». La cadole numéro 138 du Val Maton est en ruine. Il ne reste aujourd’hui que la partie inférieure, sur environ 1,50 mètre de hauteur. Une végétation abondante la cerne et la recouvre en grande partie. L’an prochain, elle va connaître une nouvelle jeunesse grâce à des mains expertes, en respectant les techniques traditionnelles. « Mais notre projet va plus loin, reprend-il. Nous voulons préserver ce patrimoine ; créer un cheminement d’accès d’environ 6 km qui se rattache au GR de Saint-Jacques-de-Compostelle, part du village et attirera les randonneurs. Nous voulons associer des jeunes par divers biais et organiser des visites pédagogiques pour transmettre ce savoir-faire assez rare. »
Un dossier qui coche toutes les cases
« Ce projet porte exactement les valeurs de l’Unesco ! », glisse pour sa part Arnaud Lamoureux, représentant de la Mission Unesco.
« Un dossier exemplaire sur plusieurs points, se réjouit Marie Cousin, de l’Association des cadoles de Champagne. Il a démarré par une petite étude autour de la cadole sur la biodiversité. Il se poursuit par le choix de l’artisan et nous, ce que nous voulions, c’était un volet transmission du savoir-faire. À Bagneux-la-Fosse, il y est vraiment. Bagneux-la-Fosse qui est la première commune – en venant de la Bourgogne – en Appellation Champagne. »
« Nous espérons que ce projet tel qu’il est mené créera une émulation collective. » – Françoise Tirilly
Dès ce vendredi, les premiers repérages pour créer ce chemin vont commencer. D’ici le 31 décembre, il sera réalisé avec le concours de la Fédération française de randonnée pédestre. Des panneaux directionnels et explicatifs jalonneront le parcours. Ensuite, en 2027, pourra se dérouler la restauration de la cadole. « Il y aura trois phases pour nous laisser le temps d’organiser des visites d’écoliers, d’apprentis tailleurs de pierre, etc. Des jeunes du pôle animation jeunesse réaliseront un film qui retracera les étapes et gestes du chantier, du début jusqu’à la fin. L’ensemble de ce projet est plein d’enseignement et de transmission, de mise en valeur d’un savoir-faire, de l’histoire, de nos atouts touristiques aussi », détaille encore Éric Glorieux.
Déléguée de la Fondation du patrimoine en charge plus particulièrement du patrimoine naturel et de la biodiversité, Françoise Tirilly est également enthousiaste vis-à-vis de ce projet tout à fait complet : « Tout est important dans le patrimoine et nous avons besoin de pouvoir restaurer ce qui nous entoure. » La collecte est ouverte à tous les habitants mais aussi à ceux qui sont amoureux de la Champagne et du patrimoine. « Le volet pédagogique est intéressant et nous espérons qu’il donnera envie à des jeunes de découvrir ce métier. On a besoin de restaurateurs. Le projet est d’intérêt public et tout le monde pourra en profiter et puis nous encourageons aussi le réemploi », complète Françoise Tirilly. Car un appel est lancé aussi par Marie Cousin à toutes les personnes qui ont des pierres sèches afin qu’elles puissent servir pour restaurer les cadoles. Et de conclure : « Nous espérons que ce projet tel qu’il est mené créera une émulation collective. Pour notre part, à Gyé-sur-Seine, nous étudions la création d’un chemin touristique qui relierait Riceys, Gyé-sur-Seine et Courteron. »
Les dons en argent peuvent se faire directement sur le site de la Fondation du Patrimoine. Ils sont déductibles des impôts. Pour les dons en pierres sèches, il convient d’envoyer un mail via le site Internet de l’Association des cadoles de Champagne.
Le Petit +
Un nom choisi par les écoliers !
Éric Glorieux, le maire de Bagneux-la-Fosse, annonce que la cadole numéro 138 ne restera pas avec cette appellation. « Les élèves de CM du groupe scolaire travaillent à l’élaboration d’un nouveau nom », précise-t-il. Une autre manière d’impliquer les enfants et de leur permettre de s’intéresser à ces éléments du patrimoine de la Côte des Bar et de la Champagne.






